Les outils

On n’apprend pas toujours de ses expériences mais sans elles, on n’apprend rien du tout. (…)
On peut facilement observer que les enfants sont passionnément désireux de comprendre le plus possible le monde qui les entoure, qu’ils sont très doués pour cela et qu’ils le font à la manière de scientifiques, en créant de la connaissance à partir de l’expérience.
Les enfants observent, s’interrogent, découvrent, élaborent et ensuite ils testent les réponses aux questions qu’ils se posent. Quand on ne les empêche pas de faire toutes ces choses, ils continuent à les faire et ils deviennent de plus en plus compétents.
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Jouer
Le jeu est le moteur naturel de la capacité à apprendre. Cela n’a rien à voir avec le fait d’amuser l’enfant, de ne faire que ce qui lui plaît ou de proposer des façons rigolotes pour apprendre la grammaire. Préserver la capacité de l’enfant à jouer, c’est le laisser jouer librement mais aussi prendre soin de son jeu, ne pas le déformer ni l’influencer mais l’identifier, s’y intéresser, y répondre, parfois lui permettre de s’amplifier parce que l’on connaît son rôle de moteur.

Expérimenter
La possibilité d’expérimenter par soi-même est ce qui permet que le moteur tourne en continu. Cela ne consiste pas à multiplier les activités et découvertes. Il s’agit de fournir à l’enfant des occasions  d’agir sur la réalité.
Pour cela, nous prenons le temps de laisser émerger l’envie de réaliser, inventer ou transformer quelque chose, puis attendons encore que cette envie gonfle suffisamment, nous laissons même advenir quelques doutes sur la faisabilité du projet (qu’ils viennent de l’enfant ou des autres) afin que, bien décidés, à un moment, nous commencions. Toute cette préparation permettra  que chacun s’attelle à réaliser et ne lâche pas à la première difficulté, car c’est dans l’expérimentation qu’on découvre la ligne fragile entre subir le réel ou agir sur lui et à chaque fois qu’on transforme une difficulté en réalisation, on renforce sa capacité à apprendre.

Interagir
On apprend au contact des autres, avec et parmi les autres. Les interactions enrichissent considérablement  la capacité à apprendre parce qu’on découvre à travers les autres des façons différentes d’appréhender le monde, des compétences inédites, de nouvelles possibilités. Aller vers les autres, c’est accéder à tout cela en même temps que l’on découvre les inévitables difficultés inhérentes à la complexité des relations humaines. Socialiser et coopérer est une capacité innée. L’enfant va vers les autres parce qu’il y trouve du plaisir. Mais parfois, ce n’est pas si plaisant. C’est pourquoi le plaisir ne suffit pas, la capacité naturelle à socialiser et coopérer se révèle et s’entretient par des interactions qui ont du sens, des projets collectifs qui soutiennent l’enfant dans son désir d’aller vers les autres.

Un regard
On ne peut pas davantage résumer les choses à “jouer, expérimenter, interagir pour être capable d’apprendre” qu’on ne peut dire “ lire pour savoir lire”. Tout se joue dans le regard que l’on pose sur les capacités de l’enfant et l’attention qu’on y porte. Pour sortir des “il faut” lire, écrire, interagir, jouer, voir d’autres enfants… le seul moyen est de s’intéresser à l’enfant, la personne : lui offrir un terrain qui lui permette de préserver et développer ses capacités naturelles, qui crée les occasions de révéler sa propre intelligence, un terrain qui ne l’amène pas à se rapetisser devant l’ampleur des connaissances à ingurgiter mais qui accompagne l’ampleur de ses propres capacités.

Une lanterne
Sur le chemin de l’apprentissage, la Lisière est accompagnée d’une Lanterne, un lieu de partage de savoirs et savoir-faire où enfants et adultes peuvent approfondir des projets (construction de jouets à partir de matériaux récupérés, édition de livres et magazines) ou techniques (mosaïque, plâtre, claquettes). Nous avons la chance de pouvoir passer de la Lisière à la Lanterne, selon les besoins.

  1. John HOLT, Les apprentissages autonomes, Éditions L’instant présent, 2014. []